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Bonjour



Lundi 5 mai 2008 1 05 /05 /2008 12:13
- Par Larbi
Publié dans : Éditoriaux - Partager    

Ce printemps ne cesse de m'émerveiller.

Mai 2008 un cru formidable, exceptionnel.

Après de bonnes pluies, nous avons pu travailler la terre et remettre nos plates bandes en état. Nous avons choisi les couleurs, les variétés. Le gazon est scarifié, tondu, nourri et débarrassé de tout ce qui peut altérer ce vert profond qui calme nos angoisses et apaise notre stress quotidien.

Nous avons commencé à préparer nos terrasses pour accueillir nos veillées estivales. Tout est en place : chaises longues et hamacs ; les barbecues se réveillent de leur lourd sommeil hivernal et commencent à bailler en crachotant leurs premières fumées. Justement de la fumure, il y en a partout : sur le gazon, sous les fraises, au pied des arbres. Nous baignons littéralement dans le fumier. Eh oui, certains êtres vivants ont l'intelligence instinctive de rendre à la terre une partie de ce qu'elle leur offre. Nous non.

Tandis que les hypermarchés et les jardineries nous font croire qu'on peut planter tomates et pétunias début avril, on se rue dans les rayons pour qu'aux premières chaleurs nous ayons chacun notre havre de paix. Espèce d'Eden virtuel, rien qu'à nous.

Nous aimerions bien réduire parfois le chant des cigales...mais on ne peut pas, le roucoulement des tourterelles...peine perdue. Alors on se plaint et on lutte sans merci contre les guêpes, les mouches, les pucerons, les limaces, les escargots, les lézards, fourmis, moustiques et autres. Chacun y va de sa propre recette, secret transmis par des circuits que personne ne révèle. Comme nos coins à muguet, champignons, mûres...

La convivialité se revigore au gré des apéros.

Comme les indiens, nous nous adressons des messages en fumée ; de barbecue en barbecue. Les effluves des sardines se mélangent aux senteurs des grillades et de tout ce qui a élu domicile dans un boyau, naturel ou synthétique. Pourvu que cela fume et fasse des flammes. Les éclats de rire fusent derrière nos murs. Leurs échos plus ou moins lointains se mélangent aux ploufs ! et splashs ! à longueur d'été.

Les jours rallongent. Nous avons envie de sortir de plus en plus tôt du travail. Nous avons envie de profiter au maximum de la vie, de la lumière ; bref de la nature tout simplement. Celle là même que nous massacrons à longueur d'année. Nous voulons une nature domestiquée comme nos animaux de compagnie. Alors nous attribuons des qualificatifs de mauvais à des herbes parce qu'elles apparaissent là où il ne faut pas. Pas dans l'allée idiotes ! Ni sur la terre que j'ai binée la semaine dernière !!! Et hop un coup de round up. Désherbants sélectifs. Nous pratiquons des frappes chirurgicales sur le liseron le plantain ou le trèfle.

Les engrais sont sélectifs aussi. Pour rosiers, géraniums, plantes vertes, terre de bruyère...

Le bouquet final, la touche de l'artiste est ce bleu des mers du sud de 5m x 10m. Comme un carré hermès, on en prend soin. Qu'elle prenne une légère teinte verdâtre ou qu'elle se brouille un peu, et nous voilà en chimistes appliqués dosant le chlore et le ph. Le thermomètre est consulté. L'eau est auscultée, filtrée, stabilisée. Ouf ! Il ne manque à notre jolie patouillât qu'une dizaine de degrés. Après avoir réchauffé la planète, nous essayons de réchauffer ces infimes éclaboussures d'océan d'eau douce chlorée à souhait.

Bientôt nous pourrions nous rafraichir et barboter sans être dérangés par les portables et les musiques des autres. Nos musiques en sourdine égaieront le fond de l'air. Les verres sont brouillés par le givre. La fraicheur finit par gagner nos esprits et le givre nos cœurs.

Barricadés, digicodés, protégés sous alarme et surveillance électronique nous ressentons la tranquillité des assiégés derrière nos murs érigés en murailles pour protéger non pas notre intimité, mais celle d'un bonheur saisonnier.

La télévision et l'internet sont comme des meurtrières qui nous laissent entrevoir ce qui se passe dehors à condition qu'on veuille bien regarder.

Heureusement, nous avons ces armes puissantes : la télécommande et la souris. Elles nous permettent d'éviter les mauvaises rencontres. On joue à bison futé. Chaque fois que nous risquons d'être mis face à nous-mêmes, nous prenons l'itinéraire bis. Ces chemins de traverse nous évitent de croiser nos victimes indirectes. Des cadavres d'enfants et de vieillards morts faute d'avoir planté du mil ou du blé. Nous leur avons dit que nous avions besoin de colza pour rouler propre. Nous les avons sacrifiés pour quelques kilomètres en bagnole. En vendant leur bioénergie, ils pouvaient nous rembourser nos dettes. Nos céréales produites à l'échelle industrielle et subventionnés à outrance sont moins chères !

Les semences transgéniques donnent des récoltes stériles. Il faudra les acheter tous les ans. Un seul pays. Un seul fournisseur. USA, Monsanto.

Ne pas être en mesure d'assurer la nourriture au 3ème millénaire, démontre l'absurdité de notre civilisation qui privilégie le carburant au détriment de la vie.

Voilà ce que nous avons réussi. L'œuvre humaine est bien triste de nos jours.

Alors des fois le vin a un goût de bouchon, la viande sent le cramé et le plus délicieux des desserts parait fade...

Les mots des prières que seuls les dieux reconnaissent se sont élevés. Tribut symbolique et dérisoire devant la misère des hommes. L'heure n'est plus aux prières que les dieux n'entendent plus. C'est à l'humanité de trouver un sens à cette civilisation qui ignore le faible et qui prône le profit contre le partage, l'égoïsme contre la solidarité, le culte étriqué de soi contre l'élan généreux vers les autres. Dans ces conditions je suis plus motivé par la promotion des valeurs humaines et humanistes que par la flatterie d'un palais de plus en plus difficile à satisfaire.

Face au regard perdu d'un enfant affamé, la gastronomie semble si déplacée surtout lorsque certains demandent de classer la notre patrimoine de l'humanité.

Quelle indécence !

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